A la guerre comme à la guerre: papesse de la mode à New-York, présidente de l'association des stylistes américains, Diane von Furstenberg a donné dimanche le "la" de l'hiver 2008 avec une collection faite pour habiller Mata-Hari, de Berlin à Shanghaï.
Ouvert par la voix sensuelle et grave de Marlène Dietrich, le défilé baptisé "Affaire étrangère" a permis à l'auditoire de se convaincre, si besoin était, que la femme peut être élégante même en temps de crise, et que les espionnes devaient séduire pour arriver à leurs fins.
Dans une salle comble, où l'actrice Susan Sarandon attirait tous les flashs, les tailleurs en tweed ceinturés ont défilé au pas de charge. Coiffées de calots en feutre sur des chevelures abondantes et vaporeuses, les espionnes doivent se protéger du froid avec d'amples manteaux à l'allure militaire, certes, mais à la taille toujours marquée, féminité oblige.
Les pardessus sont gris à revers prune, parfois en maille, laissant apparaître une robe en satin bleu nécessaire pour les métamorphoses. Lesquelles se conjuguent aussi en robes en lamé argent ou or retenues par une seule bretelle, ou par des tenues plus courtes à damiers noir et argent à l'ourlet à frange, auxquelles il manque désormais le mythique fume-cigarettes.
Parcourant les rues de Berlin vers un rendez-vous secret, l'espionne n'a qu'une pochette. C'est lorsqu'elle part pour Shanghaï qu'elle s'équipe d'un énorme sac de voyage en cuir fauve. Les accessoires sont signés de la styliste.
Une fois arrivée, elle arbore une robe moulante à petit col qui la confond avec les belles chinoises, fendue sur les côtés et imprimée de larges fleurs noires sur fond ivoire.
En Chine, Mata-Hari troque ses manteaux berlinois pour de petites vestes en cuir, qui couvrent des chemisiers d'organza et ponctuent ses jupes-crayon en taffetas vert.
Née en 1946 à Bruxelles dans une famille juive aisée, épouse vite divorcée du prince Egon von Furstenberg, Diane von Furstenberg est elle-même une championne de la métamorphose: elle s'est lancée avec succès dans la mode dans les années 70, triomphant avec des robes drapées en jersey qui sont aujourd'hui exposées au Metropolitan Museum of Art.
Elle a eu ensuite dix vies et est revenue s'installer à New York au milieu des années 90, où elle a relancé sa marque et est devenue en 2006 présidente du Conseil des créateurs de mode américains (CFDA). Triomphante et adulée, elle règne aujourd'hui sur la profession.
La journée de dimanche a vu s'accélérer les présentations de collections diverses, qui vont se poursuivre jusqu'à vendredi prochain. Dans la matinée, Max Azria a montré toute sa maestria dans la collection Hervé Léger, une marque française qu'il a rachetée et présente avec deux autres collections cette saison.
Ses modèles sont arrivées enveloppées de bandelettes, une marque de fabrique pour des robes moulantes, courtes ou pas, noires, prune et grises, aux décolletés asymétriques dans le dos, des tenues parfaites réservées aux femmes qui ont des silhouettes de déesses, ne prennent jamais le métro, et tablent sur le réchauffement climatique ou sur les voitures qui les conduiront d'un endroit à l'autre pour ne pas avoir froid en décembre 2008.
Dimanche soir, Yamamoto devait présenter sa collection sportive Y3, il devait être suivi de Miss Sixty puis du russe Terexov.
AFP