Les femmes accordent une préférence à l'ex-Première dame Hillary Clinton, sans toutefois la mettre à l'abri d'une éventuelle vague Obama, d'après les sondages et les résultats de deux premières étapes de la présidentielle américaine côté démocrate.
A la primaire du New Hampshire la semaine dernière, le vote des femmes s'est porté sur Mme Clinton plus que sur son rival Barack Obama (46% des voix des femmes contre 34%), et a sans doute joué un rôle décisif dans sa mince victoire globale (40% contre 37%).
En revanche, la semaine précédente en Iowa, Barack Obama avait emporté aussi bien le vote des femmes (35% contre 30%) que le vote général (37,6% contre 29,5%).
"Nous sommes toujours en train de nous gratter la tête" pour essayer de comprendre, a déclaré à l'AFP le politologue Charlie Cook.
"C'est vrai qu'au New Hampshire les femmes ont exprimé une préférence", déclare Ruth Mandel, directrice du centre Eagleton sur la politique à l'Université Rutgers, en spéculant sur la solidarité des femmes envers une candidate qui avait trahi son émotion à la veille du scrutin, et avait été attaquée assez durement par ses adversaires masculins lors d'un débat trois jours plus tôt.
"Au New Hampshire, beaucoup d'électrices se sont dit +attendons voir - si nous votons contre elle, nous nous privons de l'occasion d'avoir la première femme présidente+", estime pour sa part Celinda Lake, une stratège démocrate.
Pour Charlie Cook, la victoire d'Hillary Clinton au New Hampshire s'expliquerait au moins partiellement par l'impact d'un tract diffusé par l'équipe Clinton dans les jours précédant le vote, mettant en cause l'engagement de Barack Obama en faveur du droit à l'avortement - un sujet au centre des préoccupations de l'électorat féminin démocrate.
Mais quant à la suite du processus des primaires, M. Cook se refuse à tout pronostic, jugeant le vote des femmes aussi imprévisible que celui des démocrates en général.
Au niveau national, une étude publiée jeudi par le Pew Research center accorde un avantage à Mme Clinton allant bien au-delà de ce qui s'est retrouvé dans les urnes jusqu'à présent: 49% des électrices démocrates soutiennent Mme Clinton, contre 28% qui préfèrent son jeune rival Barack Obama.
"Il est certain qu'elle représente un énorme succès, en tant que pionnière et femme d'une grande force, d'une grande discipline", analyse Mme Mandel, qui insiste sur le phénomène d'identification des électrices.
Mais un directeur de recherches de l'institut Pew, Michael Dimock, souligne la grande hétérogénéité du vote féminin: "les femmes non diplômées préfèrent Clinton à deux contre un, alors que les femmes diplômées se partagent plus équitablement", et d'après lui ce fossé social se retrouve au niveau économique, avec les femmes à revenus modestes bien plus séduites par Mme Clinton que les plus aisées.
Dans les semaines qui viennent, le débat qui a commencé de s'ouvrir sur l'engagement des candidats en faveur du droit à l'avortement, ou l'accent mis sur les propositions économiques, particulièrement suivies par l'électorat féminin, pourraient peser sur le vote des femmes, analysent les experts.
En attendant, Mme Clinton ne manque pas de souligner l'aspect historique de sa candidature, puisqu'elle est la première femme jamais créditée d'une chance sérieuse de s'installer au Bureau ovale de la Maison Blanche.
"Je crois qu'avoir une femme présidente représente un énorme changement, avec des conséquences se faisant sentir à travers le pays et le monde", a-t-elle notamment déclaré lors d'un débat organisé trois jours avant le scrutin du New Hampshire.
MAP