Les pressions occidentales se sont intensifiées dimanche sur les camps rivaux du Liban à la veille d'une séance parlementaire présentée comme celle de "la dernière chance" pour élire un président mais qui risque comme les précédentes d'être vouée à l'échec.
Au terme d'une visite de 24 heures, le secrétaire d'Etat adjoint américain chargé du Proche-Orient David Welch, a insisté dimanche sur "la nécessité de tenir l'élection présidentielle", lors d'une rencontre avec le chef de l'armée Michel Sleimane, le candidat consensuel aux yeux de la majorité antisyrienne et l'opposition appuyée par Damas et Téhéran.
Dans un entretien téléphonique avec la ministre des Affaires sociales et députée de la majorité Nayla Moawad, M. Welch a souligné "la nécessité d'élire un président le plus tôt possible et sans conditions préalables", selon un communiqué de la ministre repris par l'Agence nationale d'information.
Les négociations achoppent sur le mécanisme d'amendement de la Constitution permettant l'élection du chef de l'armée. L'opposition veut en outre discuter de la formation du futur gouvernement, alors que la majorité refuse d'évoquer cette question avant l'élection.
L'émissaire a assuré à la ministre que "tout développement lié à la conférence d'Annapolis ne peut se faire aux dépens du Liban" et que "le temps où le Liban payait le prix des compromis est révolu", ajoute le communiqué.
La Syrie, ancienne puissance de tutelle au Liban, a participé à la réunion sur le Proche-Orient organisée à Annapolis par les Etats-Unis fin novembre, suscitant des craintes au Liban de voir Washington passer un compromis aux dépens du Liban avec Damas, permettant à celui-ci de regagner son influence.
Le Liban, plongé dans la pire crise politique depuis la guerre civile (1975-1990), est sans président depuis la fin du mandat du prosyrien Emile Lahoud, le 24 novembre.
Reporté huit fois en moins de trois mois, le vote du Parlement doit se tenir lundi, mais les divergences restent telles que le scrutin sera probablement à nouveau repoussé.
"Il n'y aura pas d'élection demain", a affirmé dimanche à l'AFP un député de la majorité, Farès Souaid.
"Il est très improbable que la séance (parlementaire) se tienne étant donné que nous ne sommes toujours pas parvenus à un accord", a également affirmé à l'AFP Simon Abi Ramia, conseiller d'un des leaders de l'opposition, le chrétien Michel Aoun.
Lundi a été présenté comme "le jour la dernière chance" par le président français Nicolas Sarkozy, qui doit discuter lundi, entre autres, du dossier libanais avec la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.
"Ceux qui prendraient le risque de tuer cette chance se couperont définitivement d'un certain nombre de pays, au premier rang desquels la France", a averti le président français, en allusion à la Syrie et ses alliés libanais, notamment le Hezbollah chiite qui mène l'opposition.
Confirmant la probabilité d'un report, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a toutefois tenu à relativiser la portée d'un nouvel échec.
"Il n'y a jamais de dernière chance au Liban. Il y en aura d'autres", a-t-il assuré.
"Ce sont la Syrie et l'Iran qui font échouer l'élection. Dès que l'opposition obtiendra le feu vert de Damas et de Téhéran, il n'y aura plus d'obstacle", a estimé M. Souaid.
Selon lui, "Damas refuse de faciliter l'élection avant d'obtenir quelque chose" des Etats-Unis.
Jeudi, le président Sarkozy s'est dit "prêt à aller à Damas" s'il y avait une élection "de consensus" et "si les assassinats s'arrêtaient".
Le Liban a été frappé mercredi par un nouvel attentat qui a coûté la vie à un militaire de haut rang proche du général Sleimane et pressenti pour le remplacer en cas d'élection de ce dernier.
Il s'agit du premier assassinat visant l'armée dans la série d'attentats qui ensanglantent le Liban depuis 2004 et sont attribués généralement à la Syrie par la majorité.
AFP