Alors que l’USFP annonce le lancement d’une Initiative pour la réforme constitutionnelle, le PJD juge inopportun de poser cette question à la veille des Municipales de 2009.
Si l’USFP et le PJD sont d’accord sur la nécessité de la réforme de la Constitution, il y a bien un point qui les oppose diamétralement. La question du timing. Le parti islamiste trouve inopportun que l’USFP sorte la revendication de la réforme de la Constitution à la veille des élections municipales, prévues le 12 juin prochain. «On ne doit pas revendiquer la réforme de la Constitution à la veille des élections municipales de 2009 parce que l’on sait, pertinemment, qu’elle ne peut avoir lieu avant ces élections», martèle Lahcen Daoudi, membre du bureau politique du PJD. «Il n’y a aucun lien entre l’Initiative de l’USFP pour la réforme constitutionnelle et les élections de 2009. La revendication de cette réforme s’inscrit dans un contexte politique global. C’est un début de réponse aux questions que pose la nouvelle phase politique que traverse le pays après les élections législatives de 2007», riposte Hassan Tarek, membre du bureau politique de l’USFP.
L’ancien secrétaire de la Jeunesse ittihadie justifie l’initiative socialiste par le contexte de crise politique aggravé par le taux élevé d’abstention enregistré lors du scrutin législatif de 2007. «Il n’y a pas de crise politique au sens constitutionnel du terme», objectele député PJD à Fès, M. Daoudi. Si crise devait avoir lieu, c’est «dans le champ politique» qu’il faudrait aller la chercher, rétorque-t-il, appelant la sphère partisane à se livrer à un véritable travail de remise en question. «Le changement de la Constitution ne peut être qu’un élément facilitateur pour justement solutionner la crise du champ politique», estime M. Daoudi. Dans cet ordre d’idées, l’USFP ne serait-elle pas en train de faire fausse route en sortant, ici et maintenant, la «carte» de la réforme constitutionnelle ?
Le piège (électoral) ne risque-t-il pas de se refermer sur ce parti ? La réforme de la Constitution est-elle, d’ailleurs, une revendication populaire ? Parole de socialiste. «La réforme constitutionnelle n’est pas une revendication populaire», a déclaré le regretté Mohamed Benyahia, ancien membre dirigeant à l'USFP, peu avant sa regrettable disparition.
Un son de cloche que veut bien partager Lahcen Daoudi. «La priorité pour le peuple est d’abord le pain, et puis l’école, et la santé», admet le responsable au PJD, qui regrette «l’absence d’une mise à niveau de la société à l’échelle politique, économique et même intellectuelle». Il est, donc, exclu que l’USFP puisse tirer des avantages électoraux de sa campagne actuelle pour une réforme constitutionnelle. «Il ne peut compter sur un soutien populaire pour faire valoir cette revendication», certifie un observateur, qui appelle à son tour à mettre la Constitution à l’abri de toute «surenchère».
«L’USFP va par ailleurs brouiller les repères pour un électorat déjà déboussolé par la profusion des sigles partisans et la confusion des programmes électoraux», pense-t-il.
L’USFP, qui se prépare à dévoiler sa plate-forme de réforme dans les prochains jours, risque de s’attirer encore plus de foudres de la part des partis politiques, y compris parmi ses alliés qu’il n’a pas associé à l’élaboration de son initiative.
M’Hamed Hamrouch
Aujourdhui.ma