Les premières images du dernier né de Nabil Ayouch, « Whatever Lola Wants », donne l’étrange sensation de ne pas être en face du film marocain que l’on est venu voir. Le plongeon dans l’univers new-yorkais, doublé de la présentation d’un casting international aux airs légèrement anglo-saxons, donne aux notes introductives de ce long-métrage produit par Pathé la résonance d’une romance à l’américaine.
Nabil Ayouch ne s’en cache pas mais « c’est une fausse piste, affirme-t-il, Je me suis servi de ce genre comme d’un prétexte pour introduire le sujet qui m’intéresse, à savoir la rencontre entre deux femmes », Lola (Laura Ramsey), une jeune postière new-yorkaise à la personnalité fougueuse, passionnée par la danse et Ismahan (Carmen Lebbos) légende déchue la danse orientale.
La virée en terre égyptienne de l’insouciante Lola parti reconquérir Zack ( Assaad Bouab) - richissime Egyptien qui a décidé après une courte escapade amoureuse de la quitter pour cause d’ « incompatibilité culturelle » - sert de trame de fond à un thème classique du cinéma méditerranéen : la confrontation entre l’Orient et l’Occident.
« Le monde arabe est torturé par l’image, détaille le réalisateur, Il est temps d’offrir au public international une image plus authentique de ce nous sommes. Une des forces du film est d’aborder de manière totalement décomplexée la problématique Orient-Occident à travers l’aspect humain et non pas à travers l’aspect des guerres et du terrorisme » explique Nabil Ayouch qui s’est ainsi servi du langage universel des corps pour diffuser son message de tolérance.
Remarquablement interprétée par Laura Ramsey, Lola et ses déhanchés nous entraînent dans le tourbillon d’un chagrin d’amour que la jeune Américaine finit par dompter dans sa rencontre avec Ismahan. A travers les yeux de Lola, liée d’amitié à un homosexuel égyptien contraint de s’exiler à New York pour vivre comme il l’entend, Nabil Ayouch claironne un hymne à la différence qui sent parfois l’eau de rose.
Le réalisateur de Ali Zaoua réussit néanmoins à insuffler au film un rythme émotionnel qui, bien que léger, contraste avec les scénarios souvent décousus de la production marocaine. Une touche marocaine que l’on a toutefois du mal à retrouver dans le film, certains acteurs du cru marocain donnant l’impression d’apparaître dans une production étrangère.
Un parti pris que le réalisateur justifie par la volonté de se libérer du carcan d'une subjectivité territoriale. « Un moment je me suis posé la question de savoir si je n’allais pas faire un film entre Paris et Casablanca. Je ne l’ai pas fait, d’abord parce les relations entre le Maroc et la France ne sont neutres, ensuite parce que les avant-postes de l’Orient et de l’Occident ne sont ni au Maroc ni en France mais plutôt au Caire et à New York ».
Nabil Ayouch qui se dit fasciné par les comédies musicales des années trente à cinquante signe là un film plaisant qui s’inscrit dans la droite lignée des films égyptiens et américains auxquels se réfère son long-métrage (Un Américain à New York, série de films de Samia Gamel avec Farid Al Atrach…), mais sans jamais parvenir à atteindre la version ciné du « Tarab », cet état extatique (cité dans son film) qui s’empare des danseuses au summum de leur art.
MAP