l'impEcrit et réalisé par l'Espagnole Iciar Bollain, "Mataharis" qui sort mercredi dans les salles, est un polar réaliste à petit budget qui suit à Madrid le quotidien compliqué de trois femmes au métier singulier: détective privé.er du détective privé, la femme
Recherche de personnes disparues, traque des infidélités conjugales, surveillance de salariés indélicats ou bien syndicalistes, n'ont pas de secrets pour Eva, Inès et Carmen, employées par une agence de détectives.
Après la naissance de son deuxième enfant, Eva (Najwa Nimri) renoue avec le rythme infernal d'interminables journées de travail, poussant parfois un landau ou changeant les couches de son bébé en pleine filature.
Lorsque son mari reçoit de mystérieux appels téléphoniques, la barrière déjà fragile entre vie privée et professionnelle s'estompe.
Cuirassée par des années d'enquête sur l'infidélité conjugale, Carmen (Nuria Gonzalez) parle plus volontiers à ses plantes d'appartement qu'à son époux.
Plus idéaliste et ambitieuse, la jeune Inès (Maria Vazquez) est si rarement chez elle qu'elle ignore si son "chat est vivant ou mort", mais son travail la passionne.
A l'instar de la célèbre espionne Mata Hari dont elle a punaisé un portrait dans son salon, Inès va devoir, sur la demande de son employeur, user de ses charmes pour surveiller de près un salarié d'une entreprise multinationale.
Souvent filmé dans la rue avec les techniques du documentaire - caméra à l'épaule, son en prise directe, lumière naturelle -, enregistrant le réel comme dans une enquête, "Mataharis" se présente comme un polar réaliste qui régénère agréablement le genre grâce à ses héroïnes féminines.
Si les trois fils du récit soutiennent l'intérêt grâce à une interprétation sans reproche, le dénouement est assez prévisible : Iciar Bollain aurait pu insuffler quelques péripéties inattendues dans le scénario, co-écrit avec Tatiana Rodriguez au terme de quatre mois d'enquête sur de vraies détectives.
Mais l'intérêt de "Mataharis" est aussi dans la fine peinture de trois vies de femmes qui subissent de plein fouet les mutations de la société espagnole : boom immobilier et cherté de la vie, généralisation des contrats précaires.
"Jusqu'où peut-on aller pour garder son emploi, quand on lui donne déjà son temps, son énergie, son âme... et pour combien ?", lance l'une des héroïnes.
Le film d'Iciar Bollain offre aussi un éventail de vies de couple dont on retire en filigrane, une délicate réflexion sur la frontière mouvante qui, dans une union, sépare le secret de la trahison.
Tout d'abord actrice, découverte à quinze ans par le réalisateur Victor Erice qui lui confie son premier rôle dans "El Sur" en 1983, Iciar Bollain a joué dans "Land and freedom" du Britannique Ken Loach, auquel elle a consacré un livre, "Ken Loach, l'observateur solidaire".
Elle a déjà signé trois films dont "Ne dis rien", qui abordait de front la violence conjugale, un problème aigu en Espagne où malgré une pénalisation plus lourde, 77 femmes ont été tuées par leur compagnon l'an dernier.
MAP