Deux jours de combats entre partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr et forces irakiennes et américaines ont fait plus de 50 morts, alors que le Premier ministre Nouri al-Maliki a lancé mercredi un ultimatum aux miliciens chiites pour qu'ils déposent les armes.
Dans le même temps, Moqtada Sadr a appelé M. Maliki à négocier pour mettre fin aux affrontements qui ont commencé mardi à Bassorah (550 km au sud de Bagdad) puis gagné Bagdad et d'autres villes irakiennes.
Son mouvement, qui conteste la légitimité du gouvernement Maliki et exige d'être associé plus étroitement aux structures du pouvoir, a annoncé des manifestations jeudi dans la capitale irakienne, notamment.
Au moins 51 personnes ont été tuées depuis mardi dans les affrontements, selon un bilan provisoire établi par l'AFP auprès de différentes sources.
Ces combats, qui touchaient mercredi Bassorah, le quartier de Sadr City (à Bagdad) et les villes de Kout (175 km au sud-est de Bagdad), Diwaniyah (180 km au sud Bagdad) et Hilla (120 km au sud de Bagdad), ont fait également des centaines de blessés. La majorité des victimes sont des civils.
L'opération lancée mardi à Bassorah, principal centre pétrolier du sud de l'Irak, visait à mettre au pas la milice de Moqtada Sadr, l'Armée du Mahdi.
M. Maliki, qui y supervise les opérations militaires, a donné mercredi 72 heures aux miliciens chiites pour déposer les armes.
"S'ils ne déposent pas les armes, la loi sera appliquée", a annoncé le Premier ministre dans un communiqué.
Abdel Karim Khalaf, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, a expliqué devant la presse que M. Maliki voulait donner la possibilité à "ceux qui n'ont pas de sang sur les mains" de se rendre.
Moqtada Sadr a demandé à M. Maliki de quitter Bassorah, selon le chef du bureau politique du mouvement sadriste à Najaf (centre-sud), Liwa Sumaysim. Le jeune chef chiite veut également que le Premier ministre envoie une délégation "pour résoudre la crise".
Liwa Sumaysim a par la suite annoncé que les sadristes organiseraient jeudi des manifestations à Bagdad et Amara (365 km au sud de Bagdad) pour exprimer leur défiance à l'égard du gouvernement Maliki.
Moqtada Sadr, qui respecte depuis fin août 2007 un cessez-le-feu unilatéral, avait menacé de lancer une campagne de protestation à travers le pays si l'offensive des forces gouvernementales se poursuivait.
Sa milice, la plus puissante du pays, s'est abstenue depuis de toute opération contre les armées irakienne et américaine. Celles-ci accusent toutefois des éléments incontrôlés de la milice de poursuivre leurs attaques.
Le commandement américain en Irak a appelé mercredi l'Iran à user de son influence pour stopper les violences à Bassorah.
"Nous aimerions que le gouvernement iranien honore ses engagements en aidant à améliorer la sécurité et la stabilité (de Bassorah), a déclaré le général Kevin Bergner lors d'une conférence de presse à Bagdad.
Bassorah, une ville d'1,5 million d'habitants, et sa province, riche en pétrole et véritable poumon économique du pays, sont l'objet d'une violente concurrence entre factions chiites depuis le retrait à la mi-décembre des forces britanniques qui occupaient cette région stratégique depuis mars 2003.
Dans le même temps, deux soldats américains ont été tués mercredi à Bagdad, a annoncé l'armée américaine, qui n'a pas précisé s'ils étaient morts dans les combats avec les activistes chiites.
Par ailleurs, plusieurs projectiles ont visé la "zone verte", l'enclave fortifiée au centre de Bagdad qui abrite les institutions irakiennes et l'ambassade américaine. Trois responsables américains ont été blessés.
Selon des sources de sécurité irakiennes, un obus qui a explosé à l'extérieur de la zone contre un immeuble d'habitation a également fait un tué et blessé quatre résidents. Deux autres attaques au mortier ont fait cinq morts dans la capitale.
MAP